Note
« 70 % des transformations échouent » : un chiffre sans source, et ce qu'il cache
Vous l'avez lu dans des dizaines de présentations : 70 % des transformations échouent. Le chiffre est commode. Il justifie tous les dispositifs et toutes les prestations. Le problème, c'est qu'il n'a jamais été mesuré.
Pierre-Alexandre Diot · Publié le 10 septembre 2026 · 4 min de lecture
D'où vient le chiffre
La trace la plus ancienne remonte à Michael Hammer et James Champy, dans Reengineering the Corporation (1993). Ils avancent que 50 à 70 % des projets de reengineering n'atteignent pas leurs objectifs, et précisent eux-mêmes que cette fourchette est une estimation non scientifique. En 2000, Michael Beer et Nitin Nohria reprennent le chiffre de 70 % dans la Harvard Business Review (Cracking the Code of Change), sans référence ni enquête à l'appui. Le chiffre a ensuite survécu par répétition.
Les enquêtes réelles existent, et elles sont moins spectaculaires mais plus utiles. L'enquête mondiale de McKinsey de 2008 sur les transformations organisationnelles indique qu'environ un tiers des dirigeants interrogés considèrent que leur transformation a réussi. C'est un ressenti déclaratif, pas une mesure d'impact, et cela ne dit rien des causes.
Pourquoi ce chiffre pose problème
Un chiffre global sur « les transformations » mélange des réalités qui n'ont rien en commun : un déploiement d'ERP, une fusion, un changement de modèle économique, un plan de réduction des coûts. Il donne l'impression que l'échec est une fatalité statistique, alors que chaque transformation échoue pour des raisons précises, identifiables, et le plus souvent organisationnelles.
La question utile n'est pas « quelle est la probabilité d'échec ? » mais « qui, dans mon organisation, est responsable de maintenir le focus sur les priorités de cette transformation ? »
Ce que nous observons chez les dirigeants de PME et d'ETI
Dans les transformations que nous accompagnons, l'échec n'arrive presque jamais parce que la stratégie était mauvaise. Il arrive parce que la stratégie a été traduite en projets, que les projets ont été bien pilotés, et que pendant ce temps les décisions quotidiennes de chaque direction ont continué de tirer l'entreprise dans sa direction d'avant. Le plan avance. L'organisation ne bouge pas.
Ce n'est pas une question de probabilité. C'est une question de fonction : dans la plupart des organigrammes, personne n'est responsable du focus. C'est cette fonction que nous créons, temporairement, aux côtés du dirigeant.
Parlons de votre transformation.
Chaque transformation est unique. Prenons le temps de construire le dispositif dont la vôtre a réellement besoin.
À lire aussi
Project Centric ou Strategy Centric : la question que le comité de direction ne se pose jamais
Deux entreprises lancent la même transformation, avec la même stratégie et les mêmes moyens. L'une réussit, l'autre non. La différence tient rarement au contenu. Elle tient à la ma…
Thomas Busson · 4 min de lecture
LireDéployer un plan stratégique : pourquoi l'exécution échoue et comment maintenir le focus
La plupart des plans stratégiques ne meurent pas d'une mauvaise stratégie. Ils meurent d'un déploiement que personne ne porte durablement. Ce guide s'adresse aux dirigeants de PME…
Pierre-Alexandre Diot · 8 min de lecture
Lire